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La Chine exige que les Etats-Unis s'attaquent désormais à leur problème structurel de dette après la dégradation de la note américaine par Standard and Poor's. Dès lors, sommes-nous en train d’assister à la « revanche des humiliés », et par là même au passage de témoin pour la place de première puissance mondiale ?
Dès l’annonce de la dégradation de la note américaine par l’agence Standard & Poor's, la très officielle agence Xinhua s’est fendue d’un commentaire politique inédit en affirmant que la Chine, qui possède près de 7,5% de la dette américaine « a désormais tous les droits d’exiger des États-Unis qu’ils s’attaquent à leur problème structurel de dette ». En prenant position aussi fermement sur le terrain de la morale et non de la finance, sommes nous en train d’assister à la « revanche des humiliés », et par là même au passage de témoin pour la place de première puissance mondiale ? Pour les spécialistes, le commentaire musclé de l’agence Xinhua n’a rien de surprenant, car l’agence officielle chinoise multiplie depuis quelques semaines les « avertissements » à l’encontre des Etats- Unis, se substituant ainsi probablement au gouvernement chinois afin que ce dernier n’apparaisse pas - officiellement - comme l’un des fossoyeurs de l’économie américaine. Or, au-delà des inquiétudes légitimes que Pékin peut nourrir pour ses 1 600 milliards de dollars prêtés aux Etats-Unis, se profile en creux une course au leadership planétaire dans laquelle la Chine est désormais résolument engagée. En effet, si les analystes les plus optimistes estimaient que l’Empire du milieu pouvait prétendre au statut de première puissance mondiale à l’horizon 2050, Pékin ne verrait pas d’un mauvais œil une accélération du calendrier, et serait même prête à donner un coup de pouce au destin.
Après la Chine, le Brésil et l'Arabie Saoudite
Cependant, dans cette course, les Chinois ne sont pas seuls car le Brésil - autre détenteur important de la dette américaine et pays émergent à la croissance dynamique - se positionne également depuis quelques jours, et veut faire valoir sa possession de près de 1,5 % de la dette américaine. Dans le prolongement des attitudes chinoises et brésiliennes, l’on devrait assister dans les semaines à venir à la multiplication de commentaires acerbes émanant d’autres porteurs de la dette américaine, dont certains pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite.
Le monde serait alors dans une situation pour le moins paradoxale : les Etats-Unis, qui se voulaient les principaux promoteurs mondiaux de la démocratie et de la bonne gouvernance depuis plus d’un demi-siècle seront tancés par des régimes pour le moins autoritaires, ces derniers reprochant à "l’Oncle Sam" sa légèreté, voire son laxisme dans la gestion de sa dette et la mise en péril de leurs investissements. Hormis le cas du Japon et de la Grande Bretagne, qui ont destin lié avec les Etats-Unis de part l’interpénétration de leurs économies, l’attitude des autres pays qui possèdent une part de la dette américaine sera donc déterminante dans les semaines à venir. De leur choix dépendra l’entrée probable du monde dans une nouvelle crise économique dont personne ne peut, à ce jour, dessiner les conséquences.
Cette dynamique devrait de toutes les manières conforter la position chinoise dans le monde, Pékin ayant adopté depuis plusieurs années une approche singulière dans sa stratégie de conquête des marchés internationaux, dans laquelle le géant asiatique se refuse à toute ingérence dans les affaires internes de ses partenaires commerciaux. En Afrique, cette doctrine a permis une croissance sans précédent de la présence chinoise lors des dix dernières années, et a accéléré le déclin économique américain. Pour utiliser une formule à la mode, le monde est probablement en train de « changer de paradigme » et il sera passionnant de l’observer basculer.
Abdelmalek Alaoui
*Cette analyse est parue initialement dans le journal électronique Atlantico du 09 août 2011 |